Vous entendez parfaitement d'une oreille. De l'autre, plus rien, et aucun espoir de récupération. Sur le papier, votre audition « moyenne » semble correcte. Dans la vie réelle, vous vous placez toujours du même côté à table, vous fatiguez en réunion, et vous ne savez jamais d'où vient une sonnerie de téléphone.

Cette situation porte un nom : la surdité unilatérale sévère à profonde, souvent désignée par l'acronyme anglais SSD (single-sided deafness). Le système CROS est la réponse audioprothétique la plus courante. Encore faut-il comprendre précisément ce qu'il fait — et ce qu'il ne fait pas.

Ce que la surdité unilatérale enlève réellement

Une audition binaurale ne sert pas seulement à entendre deux fois plus fort. Elle repose sur quatre mécanismes, et la surdité unilatérale les met tous en difficulté :

  • L'effet d'ombre de la tête : votre crâne fait obstacle aux sons aigus venus du côté sourd. La parole émise de ce côté vous parvient atténuée, donc moins intelligible.
  • La localisation spatiale : le cerveau compare les signaux reçus par les deux oreilles pour situer une source sonore. Avec une seule oreille, cette comparaison n'est plus possible.
  • Le démasquage binaural : c'est la capacité du cerveau à séparer une voix d'un bruit de fond en exploitant la différence entre les deux oreilles. C'est le mécanisme clé de la compréhension dans le bruit.
  • La sommation binaurale : deux oreilles perçoivent un même son légèrement plus fort et plus confortablement qu'une seule.

C'est pourquoi l'expérience vécue dépasse largement le simple « je n'entends pas de ce côté ».

Le vrai sujet de la consultation : ce que vous avez cessé de faire

La plupart des personnes qui nous consultent connaissent leur surdité. Elles nous montrent le côté atteint dès les premières minutes. Ce qu'elles découvrent souvent pendant l'entretien, en revanche, c'est l'ampleur des adaptations qu'elles ont mises en place sans y penser.

Nous explorons donc systématiquement les situations concrètes : la localisation d'une sonnerie, la réaction quand quelqu'un vous appelle dans la rue, la gêne au restaurant, en réunion, en voiture. Chaque situation est cotée de 0 à 10, et complétée par un questionnaire structuré comportant un volet spécifique sur la localisation spatiale. Cette base chiffrée sert ensuite de référence pour évaluer objectivement l'apport de l'appareillage.

Le système CROS : un microphone déporté, pas une oreille retrouvée

Le principe est simple. Un boîtier placé sur l'oreille sourde ne fait qu'une chose : capter les sons de ce côté et les transmettre sans fil à un appareil porté sur la bonne oreille. C'est un microphone déporté.

Sur les quatre mécanismes évoqués plus haut, le système CROS agit sur un seul : l'effet d'ombre de la tête. Une personne qui vous parle depuis votre côté sourd redevient audible. C'est un gain réel, mesurable, et souvent très apprécié au quotidien.

En revanche, le CROS ne restaure ni la localisation spatiale, ni le démasquage binaural, ni la sommation. L'oreille atteinte, elle, n'entend toujours pas — le son est simplement redirigé vers l'autre côté.

Nous prenons systématiquement le temps de l'expliquer, schéma à l'appui, avant tout essai. C'est le point le plus important de cet article : la grande majorité des déceptions rapportées sur le CROS ne viennent pas de l'appareil, mais d'attentes qui n'avaient pas été cadrées au départ.

CROS, BiCROS, TriCROS, CROS osseux : de quoi parle-t-on

Plusieurs configurations existent, choisies selon le niveau d'audition de chaque oreille et l'ancienneté de la surdité :

  • CROS : l'oreille controlatérale entend normalement. Elle reçoit uniquement le signal déporté.
  • BiCROS : l'oreille controlatérale présente elle aussi une perte auditive. Elle est appareillée pour son propre compte, en plus de recevoir le signal déporté.
  • TriCROS (ou StéréoBiCROS) : on conserve en plus une stimulation de l'oreille atteinte, lorsqu'il subsiste des restes auditifs exploitables.
  • CROS à conduction osseuse : le signal transite par voie osseuse, une option envisagée dans certaines configurations anatomiques ou de tolérance.

Ces situations relèvent de notre expertise implants & cas complexes, qui couvre aussi les solutions au-delà du CROS.

Les systèmes CROS par fabricant (août 2026)

Chaque grand fabricant propose aujourd'hui son système CROS, généralement adossé à sa plateforme du moment. Ces repères reflètent la situation en août 2026 et les annonces des fabricants ; ils évoluent vite et ne remplacent pas l'essai en conditions réelles.

Phonak CROS Infinio (I-R)

RechargeableÉmetteur CROS
Plateforme
Infinio — se couple aux Audéo Infinio (I-R) sur l'oreille fonctionnelle
Autonomie
Batterie lithium-ion, jusqu'à deux jours par charge annoncés
Connectivité
Bluetooth universel Phonak ; puce ERA annoncée « Auracast ready »
Atout
L'écosystème CROS historique du marché, avec les microphones Roger en complément

Signia CROS (plateforme IX)

RechargeablePlusieurs formats
Formats
CROS Pure Charge&Go (RIC), CROS Silk (quasi invisible), Styletto CROS, Active CROS — le choix de formats le plus large
Compatibilité
Toute la gamme IX est annoncée compatible CROS (Pure, Silk, Insio, Motion)
Connectivité
Bluetooth LE Audio avec Auracast sur la plateforme IX

ReSound CROS (Nexia)

RechargeableÉmetteur CROS
Nouveauté
Émetteur CROS rechargeable introduit avec la génération Nexia — une première chez ReSound
Connectivité
Bluetooth LE Audio avec Auracast — ReSound est le pionnier de l'Auracast sur aides auditives (voir ci-dessous)

Oticon CROS PX

Émetteur CROS[Compatibilité à vérifier]
Positionnement
Le CROS d'Oticon, apprécié pour la sonorité naturelle de la marque
À vérifier
[Compatibilité avec la génération Intent et autonomie exacte — à confirmer avant publication]

Widex CROS

Émetteur CROS[Compatibilité à vérifier]
Positionnement
Le CROS de Widex, avec le traitement à latence quasi nulle propre à la marque ; nécessite des appareils sans fil côté récepteur
À vérifier
[Compatibilité avec la nouvelle plateforme Allure — à confirmer avant publication]

Quelles marques permettent le TriCROS ?

Le TriCROS — stimuler l'oreille atteinte en plus du transfert CROS — est une configuration de réglage, pas un produit sur étagère : elle dépend des possibilités du logiciel de chaque fabricant. Dans notre pratique, nous la mettons en œuvre avec Signia et Phonak. Sa pertinence s'évalue au cas par cas, en fonction des restes auditifs de l'oreille atteinte, et se vérifie comme le reste : mesures, puis essai en conditions réelles.

L'Auracast : la connectivité qui change la donne

L'Auracast est la nouvelle norme de diffusion audio Bluetooth : un téléviseur, un cinéma, une salle de conférence ou un guichet de gare équipés peuvent diffuser leur son directement dans les aides auditives compatibles, sans boîtier intermédiaire. Pour une personne en surdité unilatérale, recevoir le son d'une source directement dans sa bonne oreille est un vrai confort supplémentaire.

ReSound a été le pionnier de l'Auracast sur aides auditives avec sa génération Nexia, la première à en être équipée — la marque conserve une longueur d'avance sur ce terrain. Aujourd'hui, Signia (plateforme IX), Oticon (Intent), Starkey (Omega AI) et ReSound (Vivia, Enzo IA) proposent le Bluetooth LE Audio avec Auracast ; chez Phonak, la puce ERA de la génération Infinio est annoncée « Auracast ready ». Le déploiement des lieux publics équipés commence tout juste en France — c'est un critère d'avenir plus que d'immédiat, mais il compte dans un appareillage prévu pour durer plusieurs années.

Notre approche : commencer par le maximum, puis retirer

Beaucoup de prises en charge démarrent par la solution la plus simple pour l'enrichir ensuite. Nous procédons souvent dans l'autre sens.

Lorsque l'oreille atteinte conserve des restes auditifs, nous privilégions un premier essai en TriCROS. L'objectif est d'observer, dans la durée, si cette stimulation apporte quelque chose : un bénéfice sur la perception de la parole, un confort supplémentaire, parfois une évolution du ressenti des acouphènes. Il arrive que ce soit le cas.

Nous laissons environ six mois d'observation avant de trancher. Si la stimulation du côté atteint n'apporte rien de tangible, nous simplifions vers un BiCROS ou un CROS classique. Cette démarche demande du temps et du suivi, mais elle évite deux erreurs symétriques : abandonner d'emblée une oreille qui aurait pu être utile, ou faire porter durablement un dispositif qui n'apporte rien.

Cette approche s'inscrit dans une veille scientifique active, nourrie par les travaux publiés dans les Cahiers de l'Audition et par notre participation aux réseaux professionnels (AFREPA, Société Scientifique d'Audioprothèse, Dyapason, Acouphénia, SDA).

Pourquoi le réglage in vivo change tout sur un CROS

Un système CROS ne se règle pas au jugé. Il faut vérifier, dans le conduit auditif réel du patient, ce qui arrive effectivement au tympan — c'est le principe de la mesure in vivo.

Sur un CROS, l'enjeu est double : restituer correctement les fréquences aiguës, celles précisément atténuées par l'ombre de la tête, sans dégrader le confort ni surcharger l'oreille qui fait déjà tout le travail. La littérature sur le sujet montre d'ailleurs que le choix de la bande passante transmise influence directement l'intelligibilité dans le bruit.

Nous réalisons ces mesures systématiquement, sur chaque appareillage. Un CROS mal réglé donne un résultat décevant qu'on attribue ensuite, à tort, à la technologie elle-même.

Et pour la compréhension dans le bruit ?

C'est la limite à connaître. Le CROS supprime l'ombre de la tête mais ne restaure pas le démasquage binaural, qui est le mécanisme central de l'écoute en milieu bruyant. Le bénéfice au restaurant existe, il dépend beaucoup de la position du bruit et de l'interlocuteur, mais il reste partiel.

D'autres leviers complètent alors la prise en charge : stratégies de placement, directivité des microphones, microphones déportés. Nous détaillons ces approches dans notre article consacré à la compréhension dans le bruit.

Avant tout : l'avis de votre médecin ORL

Une surdité unilatérale nécessite un bilan médical préalable. L'ORL établit le diagnostic, recherche la cause, prescrit les examens complémentaires nécessaires et pose l'indication d'appareillage. Notre intervention se situe après, sur le versant audioprothétique.

Si des acouphènes accompagnent votre surdité unilatérale, notre article sur la prise en charge des acouphènes complète utilement cette lecture.

Essayer avant de décider

Nos cinq centres de Strasbourg et environs proposent un bilan auditif gratuit (à visée non médicale) et un essai 30 jours à domicile, dans vos situations réelles d'écoute — pas seulement en cabine. C'est la seule façon de savoir si un système CROS vous apporte un bénéfice qui justifie de le porter.

Les appareils auditifs sont pris en charge dans le cadre du 100 % Santé et de la C2S, selon votre situation et la prescription médicale.

Pour prendre rendez-vous, contactez le centre le plus proche de chez vous via notre page Contact.

Cet article a une vocation d'information générale et ne remplace pas une consultation médicale. Seul un médecin ORL peut poser un diagnostic et une indication d'appareillage.