D'abord, un avis médical

L'acouphène est un symptôme : la première étape est toujours une consultation ORL pour en rechercher la cause et écarter les situations qui relèvent d'un traitement médical. Nous travaillons en lien avec les ORL de la région et intervenons sur prescription ou en coordination avec votre médecin.

Consultez sans délai si…

Certaines caractéristiques relèvent d'une consultation ORL rapide, avant tout bilan audioprothétique :

  • acouphène apparu brutalement, surtout d'un seul côté, ou accompagné d'une baisse d'audition soudaine ;
  • acouphène pulsatile, battant au rythme du cœur ;
  • vertiges, sensation de plénitude d'oreille, douleur ;
  • acouphène d'un seul côté persistant, sans cause évidente.

Dans ces situations, l'ORL est l'interlocuteur en première intention et en urgence. Nous intervenons ensuite, sur son avis.

Notre bilan spécifique

Au-delà de l'audiométrie complète, nous réalisons une acouphénométrie : mesure de la hauteur et de l'intensité perçues de votre acouphène, seuil de masquage, tests d'inhibition. La gêne est objectivée par des questionnaires validés, dont le THI (Tinnitus Handicap Inventory), qui servira de référence pour mesurer votre évolution. Comptez environ 1 h 30 pour ce bilan complet.

Ce que nous mesurons, et pourquoi — le bilan en détail
  • Audiométrie tonale et vocale, aux inserts, avec, selon les cas, extension sur les fréquences élevées : localiser la zone de perte, même discrète, qui alimente le gain central.
  • Compréhension dans le bruit (Framatrix) : évaluer la difficulté réelle en situation, souvent disproportionnée par rapport à l'audiogramme chez les personnes acouphéniques.
  • Hauteur de l'acouphène (pitch matching) : identifier la fréquence perçue, qui oriente le réglage de l'appareillage et de la thérapie sonore.
  • Intensité perçue (loudness matching) : quantifier le niveau, le plus souvent faible en décibels, ce qui aide à distinguer perception et gêne.
  • Seuil de masquage minimal : niveau de bruit à partir duquel l'acouphène n'est plus perçu — base du choix du niveau d'enrichissement sonore.
  • Inhibition résiduelle : disparition ou atténuation temporaire de l'acouphène après un son ; sa présence est un indicateur utile pour les stratégies sonores.
  • Seuils d'inconfort et échelle de sonie : repérer une hyperacousie associée, fréquente, qui modifie la stratégie.
  • Questionnaires validés : le THI pour le retentissement des acouphènes et, en cas d'hypersensibilité associée, le MiniHQ9 — ils constituent la référence de suivi.

Ce bilan fait l'objet d'un compte rendu adressé à votre médecin ORL.

Temps d'échange entre un audioprothésiste Audistra et un patient lors d'un bilan acouphènes

Une approche d'habituation inspirée de la TRT

Notre prise en charge s'appuie sur les principes de la Tinnitus Retraining Therapy : comprendre le mécanisme de l'acouphène pour désamorcer les réactions d'alerte qu'il déclenche (counseling structuré), et rééduquer progressivement le système auditif par un enrichissement sonore adapté. Selon votre situation, celui-ci passe par des aides auditives (dans la grande majorité des cas, l'acouphène s'accompagne d'une perte auditive, même légère), des générateurs de bruit intégrés ou des solutions d'écoute pour la nuit. Côté réglage, lorsque l'appareillage est indiqué, nous renforçons l'amplification autour de la fréquence de votre acouphène, identifiée par l'acouphénométrie : l'objectif est de favoriser son masquage par les sons de l'environnement et de redonner au système auditif, sur cette fréquence, une stimulation plus soutenue. Un suivi régulier avec réévaluation du THI permet d'ajuster la démarche.

Deux leviers : l'entrée sonore et la réaction

1. Redonner au cerveau ce qui lui manque. Si le gain central augmente parce que l'entrée est appauvrie, la première logique consiste à restaurer cette entrée. C'est le rôle de l'appareillage lorsqu'une perte auditive est présente, même légère. En rendant à nouveau audibles les fréquences manquantes, l'aide auditive donne au système une raison de réduire son gain, et noie le signal de l'acouphène dans une activité auditive réelle.

Encore faut-il que les fréquences en question soient réellement restituées. C'est là que la mesure in vivo prend tout son sens dans les acouphènes : un appareil réglé sur les seules données constructeur peut laisser un « trou » précisément dans la zone de l'acouphène, en général les aigus, là où la cavité de votre conduit auditif modifie le plus le rendu. Nous mesurons avec un microphone-sonde (Verifit 2) ce qui arrive réellement à votre tympan et nous vérifions que la zone concernée est couverte.

Point d'honnêteté : les études cliniques montrent des résultats favorables, mais de niveau de preuve encore modéré, et variables selon les personnes. Nous ne promettons pas un résultat ; nous le mesurons avec vous, questionnaire par questionnaire.

2. Enrichir l'environnement sonore sans masquer. Un principe souvent mal compris : l'objectif de la thérapie sonore n'est pas de couvrir l'acouphène. Un son qui le masque totalement empêche le cerveau d'apprendre à l'ignorer — il ne fait que le cacher, et l'acouphène revient dès que le son s'arrête.

L'enrichissement sonore recherche au contraire un niveau bas, juste en dessous du point où l'acouphène disparaît (le « point de mélange »), afin de réduire le contraste entre l'acouphène et le silence. Selon votre situation, cela passe par des générateurs de bruit intégrés à l'aide auditive, des sons d'ambiance pour la nuit, ou simplement des conseils pour éviter le silence complet. Les choix de type de bruit et de niveau sont personnalisés à partir de l'acouphénométrie.

3. Comprendre pour désamorcer. Le counseling structuré n'est pas un simple « rassurez-vous ». C'est une séance d'explication, avec vos résultats, de ce que fait votre système auditif, de ce que signifient vos mesures et de ce à quoi vous pouvez vous attendre. Retirer à l'acouphène son étiquette de menace est la condition de l'habituation. Lorsque l'acouphène s'accompagne d'anxiété, de troubles du sommeil ou d'un retentissement important, nous travaillons en réseau avec des psychologues formés aux thérapies cognitives et comportementales, dont l'efficacité sur la gêne liée à l'acouphène est la mieux documentée dans la littérature. Le réseau pluridisciplinaire AFREPA existe précisément pour cela.

4. Mesurer. Le THI est réévalué à chaque étape. Une variation d'au moins 7 points — le seuil retenu dans la littérature — signale un changement réel. C'est ce qui nous permet d'ajuster la démarche plutôt que de la poursuivre à l'aveugle.

Une équipe formée et en réseau

Lucien Guedj, audioprothésiste D.E. formé à la prise en charge des acouphènes et de l'hyperacousie, est membre de l'AFREPA (Association Française des Équipes Pluridisciplinaires en Acouphénologie) et du réseau Acouphénia, qui fédèrent ORL, audioprothésistes, psychologues et autres professionnels autour de la prise en charge pluridisciplinaire de l'acouphène.

Et l'hyperacousie ?

L'intolérance aux sons du quotidien, parfois associée aux acouphènes, fait l'objet d'un protocole propre : retrouvez notre page dédiée à la prise en charge de l'hyperacousie.

Vos questions sur les acouphènes

Mon audiogramme est normal. Pourquoi ai-je un acouphène ?

L'audiogramme standard mesure les seuils entre 125 et 8 000 Hz. Une atteinte sur les fréquences plus élevées, ou une « perte auditive cachée » touchant les connexions nerveuses sans modifier les seuils, peut suffire à déclencher le mécanisme de gain central. Notre bilan explore ces zones que l'audiométrie classique ne voit pas.

Un appareil auditif peut-il aggraver un acouphène ?

Correctement réglé et vérifié par mesure in vivo, un appareil restaure une entrée sonore manquante et va dans le sens d'une réduction du gain central. Un réglage trop fort ou un niveau de sortie mal maîtrisé peut en revanche être inconfortable, notamment en cas d'hyperacousie : c'est pourquoi nous mesurons les seuils d'inconfort avant tout réglage.

Faut-il éviter le silence ?

Le silence complet augmente le contraste avec l'acouphène et favorise sa perception. Un fond sonore léger — sans chercher à couvrir l'acouphène — aide le cerveau à le reléguer au second plan. Cela vaut particulièrement la nuit.

Le stress joue-t-il un rôle ?

Oui, dans les deux sens : le stress renforce la vigilance du cerveau vis-à-vis de l'acouphène, et l'acouphène est source de stress. Cette boucle est l'une des cibles du counseling et, si besoin, d'un accompagnement psychologique en réseau.

Mon acouphène change quand je bouge la mâchoire ou le cou. Est-ce normal ?

Cela existe : on parle d'acouphène à composante somatosensorielle. Le système auditif reçoit aussi des informations des muscles et articulations de la tête et du cou, qui peuvent moduler l'acouphène. Signalez-le : cela peut orienter votre ORL vers un bilan complémentaire et, selon les cas, vers un relais kinésithérapeute, ostéopathe ou occlusodontiste.

Existe-t-il un traitement qui supprime l'acouphène ?

À ce jour, aucun médicament ni dispositif n'a démontré la capacité de supprimer l'acouphène de façon fiable. Les approches dont l'efficacité est documentée agissent sur la gêne, le retentissement et l'habituation. C'est sur ces objectifs, mesurables, que nous nous engageons.

Pour les curieux : comprendre ce qui se passe

Vous n'avez pas besoin de lire cette partie pour être bien pris en charge — mais comprendre le mécanisme aide souvent à moins subir l'acouphène. Voici les explications, dans l'état actuel des connaissances.

D'où vient l'acouphène ? Le « gain central » expliqué simplement

On a longtemps cru que l'acouphène naissait dans l'oreille. La recherche des vingt-cinq dernières années montre que, dans la grande majorité des cas, il naît plus haut : dans les centres auditifs du cerveau, en réponse à un signal qui arrive appauvri de l'oreille interne.

L'image de l'amplificateur. Imaginez une chaîne hi-fi dont la source baisse de volume. Pour continuer à entendre, vous montez le bouton. Mais en montant le bouton, vous amplifiez aussi le souffle de l'appareil, ce léger bruit de fond que vous n'entendiez pas jusque-là.

Le système auditif fait la même chose, sans que vous le décidiez. Lorsque la cochlée transmet moins d'information — après une exposition au bruit, avec l'âge, à la suite d'une otite ou d'un traumatisme — les neurones auditifs augmentent automatiquement leur sensibilité pour compenser. C'est ce que les chercheurs appellent le gain central : un mécanisme de régulation normal, présent chez tout le monde, qui maintient le niveau d'activité du système auditif.

Le revers de ce mécanisme : en montant le gain, le cerveau amplifie aussi l'activité spontanée de ses propres neurones, ce « bruit de fond » neuronal qui existe en permanence. Lorsque cette activité devient synchronisée et suffisamment forte pour être interprétée comme un son, elle est perçue comme un sifflement, un bourdonnement ou un grésillement, alors qu'aucun son n'entre dans l'oreille.

Pourquoi l'acouphène a souvent la hauteur de votre perte auditive. Ce modèle explique une observation que nous faisons quotidiennement en cabine : la fréquence de l'acouphène correspond le plus souvent à la zone de l'audiogramme où l'audition a baissé, en général les aigus. Le gain augmente précisément là où l'entrée manque. C'est aussi pourquoi les zones du cortex auditif « privées » de leur fréquence habituelle se réorganisent et se mettent à répondre aux fréquences voisines — un phénomène de plasticité comparable à celui observé après l'amputation d'un membre.

Un audiogramme normal n'exclut pas ce mécanisme. Certaines personnes ont un acouphène avec un audiogramme classique parfaitement normal. Les travaux sur la « perte auditive cachée » montrent qu'une exposition au bruit peut endommager les connexions entre les cellules sensorielles et le nerf auditif sans modifier les seuils mesurés au casque. L'entrée est appauvrie, le gain augmente, l'acouphène apparaît — et l'audiogramme standard ne le voit pas. C'est l'une des raisons pour lesquelles notre bilan va au-delà des seuils : audiométrie sur les fréquences élevées, compréhension dans le bruit, échelle de sonie.

Ce qu'il faut retenir. L'acouphène n'est pas un « bruit dans l'oreille » mais le résultat d'un réglage automatique du cerveau face à une entrée sonore diminuée. Cette compréhension n'est pas qu'une curiosité scientifique : elle guide toute notre prise en charge, dont l'objectif est d'agir sur l'entrée sonore et sur la réaction du cerveau, plutôt que de chercher à « faire taire » un son qui n'existe pas dans l'oreille.

Entendre un acouphène et en souffrir sont deux choses différentes

Environ un adulte sur dix perçoit un acouphène (source : Inserm, dossier « Acouphènes ») ; une minorité seulement en est réellement handicapée. Cette différence ne tient pas à l'intensité du son perçu — les mesures d'acouphénométrie montrent que la plupart des acouphènes, même très gênants, sont d'un niveau faible, souvent de quelques décibels au-dessus du seuil d'audition.

Ce qui fait la différence, c'est la réaction du cerveau au signal.

La boucle d'alerte. Le modèle neurophysiologique de Jastreboff, qui fonde la Tinnitus Retraining Therapy, décrit ce qui se passe : lorsque le signal de l'acouphène est interprété comme une menace — « c'est le signe d'une maladie », « ça ne partira jamais », « je vais devenir sourd » — il active les circuits de l'émotion (système limbique) et de la vigilance (système nerveux autonome). Le cerveau classe alors ce son comme important et le surveille en permanence. Plus il est surveillé, plus il est perçu ; plus il est perçu, plus il inquiète. La boucle se referme.

Le même phénomène existe pour n'importe quel son : un réfrigérateur qu'on n'entend plus après quelques jours, une horloge dans une chambre. Le cerveau est conçu pour filtrer les sons sans importance. Il n'y parvient pas avec l'acouphène tant que celui-ci reste étiqueté comme dangereux.

Ce que la recherche récente ajoute. Les travaux sur le « codage prédictif » suggèrent que le cerveau ne se contente pas de recevoir des sons : il prédit en permanence ce qu'il devrait entendre. Lorsqu'il s'attend à du son (parce que le gain est élevé) et que le silence arrive, l'activité spontanée est promue au rang de perception. Cela éclaire une expérience que beaucoup de patients décrivent : l'acouphène est plus présent dans le silence et le soir, moins lorsque l'environnement est sonore. Ce n'est pas seulement un effet de masque, c'est aussi une question de prédiction.

Ce que cela signifie pour vous. L'habituation n'est pas une résignation. C'est un processus que le cerveau sait faire naturellement, à condition de lui en donner les moyens : comprendre le mécanisme pour lever la menace, et fournir au système auditif un environnement sonore qui rende le signal moins saillant. C'est exactement sur ces deux leviers que nous travaillons.

Pour aller plus loin

Lisez notre article Acouphènes : quand consulter un audioprothésiste à Strasbourg, et évaluez votre gêne avec le questionnaire THI en ligne (résultat indicatif, à visée non médicale).

Rédigé ou relu par Lucien Guedj, audioprothésiste D.E.

Dernière révision : 6 septembre 2026

Un acouphène qui vous gêne au quotidien ? Parlez-en à votre médecin ORL, puis prenez rendez-vous pour un bilan spécifique dans l'un de nos centres.

Cette page a une visée d'information générale et ne remplace pas un avis médical. Le médecin ORL est l'interlocuteur de première intention.