Pourquoi entraîner son audition

Notre travail d'audioprothésiste porte d'abord sur l'audibilité : faire en sorte que les sons de la parole vous parviennent au-dessus de votre seuil d'audition, avec une émergence suffisante, et le vérifier par des mesures in vivo. Mais entendre ne suffit pas toujours à comprendre. Lorsque l'audition est restée longtemps insuffisamment corrigée, le cerveau perd l'habitude d'exploiter ces informations sonores pour en extraire le sens de la parole. C'est la question de l'intelligibilité, et elle se travaille.

L'entraînement auditif repose sur cette idée : le cerveau auditif conserve une capacité d'adaptation, que des exercices réguliers peuvent solliciter pour associer à nouveau le son à l'information.

Nous le proposons à tous nos patients en cours d'essai d'appareillage. Nous le proposons aussi à des personnes sans perte auditive qui décrivent une fatigue en fin de journée ou après une situation bruyante, et qui font souvent répéter. Dans ce cas, nous les orientons d'abord vers leur médecin ORL, interlocuteur de première intention. Nous réalisons ensuite un test de compréhension dans le bruit normé, répété trois fois. Si l'écart avec la norme reste inférieur à 3 dB, nous ne proposons pas d'appareillage, mais un accès à l'entraînement. Tout commence par un bilan auditif gratuit (à visée non médicale).

Fauteuil d'entraînement auditif Audiogym au centre Audistra

Audiogym, comment ça marche

Notre entraînement auditif, que nous appelons Dyapason, s'appuie sur l'outil Audiogym, proposé via le réseau Dyapason.

Les exercices travaillent trois dimensions : l'attention auditive, la compréhension et la mémoire auditive. Le programme compte dix niveaux, et la difficulté s'ajuste automatiquement en fonction de vos réponses : vous avancez à votre rythme.

Une séance dure une dizaine de minutes, et le rythme le plus favorable est quotidien. Les exercices se font chez vous, sur ordinateur, tablette ou téléphone. Pour les personnes peu à l'aise avec ces outils ou non équipées, un fauteuil dédié, équipé d'une tablette connectée, reste disponible en centre. Il n'y a pas de durée de programme imposée.

Pendant l'essai 30 jours, l'entraînement démarre après le deuxième contrôle d'appareillage. Il s'intègre ensuite à votre suivi, au même titre que les réglages.

Mesurer plutôt que supposer : nous suivons précisément la régularité de vos séances et l'évolution de vos niveaux dans chaque domaine. Lors des contrôles, nous mesurons votre seuil de reconnaissance de la parole (listes cochléaires de Lafon). Aux bilans semestriels, un test de compréhension dans le bruit (Framatrix) et un questionnaire sur votre vécu auditif (SSQ15) complètent le suivi.

Ce que nous observons chez nos patients

Une patiente de 86 ans nous a consultés pour un renouvellement. Appareillée depuis plusieurs années, elle n'était pas satisfaite : appareils instables dans le conduit, gain insuffisant au regard de sa perte, compréhension de la parole toujours difficile au quotidien. Nous avons repris le bilan et changé de stratégie : écouteurs déportés, embouts sur mesure, réglage validé par mesures in vivo. Son seuil de reconnaissance de la parole (SRT 50 %, listes cochléaires de Lafon) est passé de 65 dB avec ses anciens appareils à 39 dB avec les nouveaux.

Elle a ensuite suivi l'entraînement chaque jour, portée notamment par le côté ludique des exercices : 72 séances en un peu plus de deux mois. Sans aucune modification des réglages, son seuil a alors été mesuré à 34 dB. Chez cette patiente, la progression s'est donc poursuivie pendant la période d'entraînement, à réglages constants. Ce cas isolé ne préjuge pas de ce que chacun observera : chaque parcours est différent, et la régularité y tient une place importante.

L'entraînement a aussi ses limites. L'usage d'un écran, la lecture des consignes ou la langue peuvent être un frein, en particulier pour certaines personnes âgées ; nous en parlons ensemble avant de commencer. Surtout, ni l'appareillage ni l'entraînement ne permettent de retrouver une audition normale.

C'est parce que nous mesurons à chaque étape, en toute indépendance dans nos choix, que nous pouvons distinguer ce qui relève du réglage de ce qui relève de l'entraînement.

Cette page a une visée d'information générale et ne remplace pas un avis médical. Le médecin ORL est l'interlocuteur de première intention pour tout trouble de l'audition.